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Patricia McConnell et The Other End of the Leash : un livre pour mieux comprendre son chien… et surtout mieux se comprendre soi-même


Quand on parle d’éducation canine, on parle très souvent du chien.

On dit qu’il tire en laisse, qu’il aboie, qu’il saute sur les gens, qu’il ne revient pas au rappel, qu’il est trop excité, trop peureux, trop têtu, trop ceci ou pas assez cela.

Et évidemment, oui, le comportement du chien compte. C’est même souvent la première chose que l’on voit.

Mais il y a une idée que Patricia B. McConnell développe très bien dans son livre The Other End of the Leash, et que je trouve absolument essentielle : dans une relation humain-chien, il n’y a pas seulement le chien. Il y a aussi l’humain. Et ça, on l’oublie très vite.


Parce qu’à l’autre bout de la laisse, il y a quelqu’un qui bouge, qui parle, qui se penche, qui tend les mains, qui répète, qui s’énerve parfois, qui stresse, qui veut bien faire, qui aime son chien, mais qui envoie parfois des signaux complètement contradictoires.

C’est exactement ce que ce livre nous apprend à regarder.


Pas seulement : “qu’est-ce que mon chien fait ?”Mais aussi : “qu’est-ce que moi, je fais ?”

Et ça change beaucoup de choses.


Un livre accessible, même si on n’est pas spécialiste


Ce que j’ai beaucoup apprécié avec ce livre, c’est qu’il n’est pas réservé aux éthologues, aux vétérinaires comportementalistes ou aux professionnels du chien.

Bien sûr, Patricia McConnell est une scientifique. Elle connaît très bien l’éthologie, le comportement animal, la relation humain-chien. Mais son livre n’est pas un manuel compliqué, froid ou inaccessible.

Au contraire, c’est un livre qui peut vraiment parler à tous les propriétaires de chiens.

On n’a pas besoin d’avoir fait dix ans d’études pour le lire. On n’a pas besoin de connaître tout le vocabulaire scientifique. Le livre est vivant, rempli d’exemples concrets, d’observations du quotidien, de situations que beaucoup de propriétaires reconnaîtront immédiatement. Et c’est justement sa force.

Il permet de mieux comprendre son chien sans transformer la lecture en examen universitaire. On apprend, mais on n’a pas l’impression d’être écrasé par la théorie.

Pour moi, c’est typiquement le genre de livre qui peut aider un propriétaire à faire un vrai pas en avant dans sa relation avec son chien. Pas parce qu’il donne une recette magique.Mais parce qu’il nous aide à changer de regard.


Nous sommes des primates

L’une des idées les plus importantes du livre, c’est que nous, les humains, sommes des primates. Dit comme ça, ça peut sembler évident, presque drôle. Mais en réalité, c’est fondamental. Nous avons une manière très humaine, ou plutôt très “primate”, d’entrer en relation.

Nous utilisons énormément nos mains. Nous aimons toucher. Nous aimons caresser. Nous aimons prendre dans les bras. Nous regardons beaucoup les visages. Nous parlons énormément. Nous nous approchons souvent de face. Nous avons tendance à nous pencher vers ce qui nous intéresse. Pour nous, ce sont souvent des gestes normaux, affectueux, amicaux.


Quand on aime un chien, on a envie de le toucher. De lui caresser la tête. De lui faire un câlin. De le regarder. De lui parler. De lui dire “mais oui, mon chien, ça va aller”.

Le problème, c’est que le chien ne vit pas forcément ces gestes comme nous les vivons.

Le chien n’est pas un primate. C’est un canidé. Il ne lit pas le monde exactement comme nous. Il est très sensible à la posture, aux mouvements, à l’orientation du corps, à la distance, à la tension, au regard, aux odeurs, au ton de la voix. Un geste qui, pour nous, veut dire “je suis gentil”, peut parfois être perçu par le chien comme quelque chose de trop direct, trop intense, trop frontal, voire inquiétant.

Se pencher au-dessus d’un chien, par exemple, est un geste très courant chez les humains. On le fait souvent avec une bonne intention. Mais pour certains chiens, surtout s’ils sont jeunes, sensibles, méfiants ou déjà un peu sous pression, ce n’est pas forcément agréable.

Même chose avec le fait de tendre la main vers la tête d’un chien inconnu.

Nous, on pense souvent : “je lui montre que je suis gentil.”Mais le chien, lui, peut percevoir : “quelqu’un arrive droit sur moi et met sa main vers mon visage.”

Ce n’est pas du tout la même chose.


Nos intentions ne suffisent pas


C’est probablement l’un des messages les plus importants du livre.

Nos intentions ne suffisent pas.

On peut avoir une très bonne intention, mais envoyer un mauvais signal.

On peut vouloir rassurer un chien, mais l’envahir.

On peut vouloir l’appeler gentiment, mais avoir une posture menaçante.

On peut vouloir le féliciter, mais le toucher à un moment où il n’en a pas envie.

On peut vouloir l’aider, mais ajouter de la pression.

Le chien ne lit pas directement notre intention intérieure. Il ne peut pas se dire : “mon humain veut bien faire, donc je vais ignorer le fait qu’il est penché au-dessus de moi, qu’il me fixe et qu’il parle avec une voix tendue.” Le chien réagit à ce qu’il perçoit.

Et ce qu’il perçoit, c’est notre corps, notre énergie, notre voix, nos mouvements, notre timing, notre cohérence. C’est là que le livre est très intéressant : il nous oblige à devenir conscients de nos propres comportements. Parce que beaucoup de nos gestes sont automatiques.

On ne se rend même pas compte qu’on se penche.

On ne se rend pas compte qu’on fixe.

On ne se rend pas compte qu’on répète dix fois le même ordre.

On ne se rend pas compte qu’on met la main sur le chien au mauvais moment.

On ne se rend pas compte qu’on parle beaucoup trop.

Et pourtant, le chien, lui, voit tout ça.


Le chien lit notre corps avant nos mots


En éducation canine, on parle souvent des ordres : “assis”, “couché”, “viens”, “au pied”, “pas bouger”.

Ces mots sont utiles, bien sûr. Mais ils ne sont qu’une partie de la communication. Un chien ne répond pas seulement à un mot. Il répond à un ensemble. Si je dis “viens” avec une voix joyeuse, en reculant légèrement, avec un corps ouvert, le message est assez clair : je t’invite à revenir vers moi.

Mais si je dis “viens” avec une voix sèche, le corps penché vers l’avant, le visage fermé, la main déjà prête à attraper le collier, le message devient beaucoup moins agréable.

Le mot dit : “approche.”Le corps dit : “attention.” Et souvent, c’est le corps qui gagne.

On accuse alors le chien de ne pas écouter, d’être têtu, de tester les limites. Mais parfois, le problème est beaucoup plus simple : notre signal est contradictoire. C’est quelque chose que l’on retrouve souvent dans le rappel. Un chien revient moins volontiers si, à chaque fois qu’il revient, on l’attache, on le gronde, on arrête le jeu ou on le récupère avec une tension dans le corps. Petit à petit, le chien apprend que revenir n’est pas toujours une bonne affaire. Là encore, McConnell nous ramène à une idée simple : avant de corriger le chien, regardons ce que nous lui enseignons réellement.


Nous parlons beaucoup trop


Un autre point que j’aime beaucoup dans ce livre, c’est la question de la voix. Nous, les humains, parlons tout le temps. On explique, on répète, on commente, on reformule, on insiste. Pour nous, “viens”, “viens ici”, “allez viens”, “tu viens ?”, “mais viens là”, c’est à peu près la même chose. Pour un chien, surtout en apprentissage, ce n’est pas forcément la même chose du tout. Ce sont des sons différents, prononcés dans des états émotionnels différents, avec des conséquences différentes. Et plus on répète, plus on risque d’affaiblir le signal.

Si je dis “assis” cinq fois avant que le chien s’assoie, je suis peut-être en train de lui apprendre que la première demande n’a pas beaucoup d’importance. Ce n’est pas que le chien est stupide. Ce n’est pas qu’il nous défie. C’est simplement qu’il apprend à partir de ce que nous faisons réellement, pas à partir de ce que nous croyons faire.

Parfois, parler moins permet de communiquer mieux.

Un mot clair, bien choisi, dit au bon moment, avec une posture cohérente, vaut souvent mieux qu’un long discours.


Toucher son chien : naturel pour nous, pas toujours simple pour lui


Le livre permet aussi de réfléchir à notre besoin de contact. Nous aimons toucher les chiens. C’est presque automatique. Un chien passe près de nous, on tend la main. Il est mignon, on veut le caresser. Il est inquiet, on veut le prendre contre nous. Il est content, on veut le serrer. Mais là encore, il faut se souvenir que ce qui est naturel pour nous ne l’est pas forcément pour lui. Et surtout, il faut se souvenir que les chiens sont des individus. Ils n’ont pas tous le même rapport au contact physique.

Je le vois très bien avec mes propres chiens.

Seif, mon Bouvier Appenzellois, adore le contact. C’est un chien qui aime être touché, caressé, pris dans les bras. Il aime les câlins, il les recherche, il pourrait presque passer une journée entière contre moi. Pour lui, le contact physique est quelque chose de profondément agréable. Quand on lui fait des câlins, on a presque l’impression que c’est le chien le plus heureux du monde.

Marduk, mon Malinois, est différent.

Lui aussi aime le contact, mais pas tout le temps, pas de la même manière, et pas forcément avec la même intensité. Il préfère souvent que ce soit lui qui initie. Il apprécie plutôt les contacts brefs, clairs, au bon moment. Comme c’est un bon fiston, il accepte souvent que je le caresse plus longtemps, parce qu’il me fait confiance et qu’il est habitué à moi. Mais ce n’est pas forcément ce qu’il préfère.

Et cette différence est très importante.

Elle montre bien qu’on ne peut pas dire simplement : “les chiens aiment les caresses” ou “les chiens n’aiment pas les câlins”. C’est beaucoup plus nuancé que ça. Certains chiens recherchent énormément le contact.D’autres l’apprécient seulement dans certains moments.D’autres encore le tolèrent, sans forcément le demander.Et certains chiens peuvent même trouver certains contacts envahissants ou désagréables. Même un chien qui aime son humain peut ne pas avoir envie d’être touché à un moment précis.

C’est là que notre rôle devient important : apprendre à observer.

Est-ce que le chien vient vers moi ?Est-ce qu’il reste détendu ?Est-ce qu’il se rapproche quand j’arrête ?Est-ce qu’il détourne la tête ?Est-ce qu’il se fige ?Est-ce qu’il accepte simplement, ou est-ce qu’il participe vraiment au contact ?

Ces petites questions changent beaucoup la relation.

Elles permettent de passer d’un contact imposé à un contact partagé.

Aimer son chien, ce n’est pas seulement le toucher parce que nous en avons envie. C’est aussi apprendre à reconnaître quand lui est disponible, quand il apprécie vraiment, et quand il préférerait qu’on respecte son espace.

Et là encore, Patricia McConnell nous ramène à une idée très simple : nos gestes d’affection sont parfois très humains. Le chien, lui, les vit avec sa propre sensibilité de chien.


Ce livre aide à devenir plus juste avec son chien


Pour moi, l’intérêt principal de The Other End of the Leash, ce n’est pas simplement d’apprendre deux ou trois astuces. C’est de devenir plus juste. Plus juste dans notre manière d’observer.Plus juste dans notre manière d’interpréter.Plus juste dans notre manière de demander les choses.Plus juste dans notre manière de toucher, d’appeler, de guider, de récompenser.

Le livre nous rappelle qu’un chien ne fait pas toujours “exprès”. Il ne cherche pas forcément à nous embêter. Il ne comprend pas toujours ce que nous croyons avoir clairement expliqué. Et parfois, ce que nous appelons un problème d’obéissance est en réalité un problème de communication.

Le chien n’a pas compris. Ou il a compris autre chose.Ou il a appris autre chose.Ou notre corps disait l’inverse de notre voix.

Ce n’est pas une manière de tout excuser. Un chien a besoin d’un cadre, de règles, d’apprentissage, de cohérence. Mais ce cadre devient beaucoup plus efficace quand l’humain apprend lui aussi à se remettre en question.


Ce n’est pas un livre contre l’éducation


Il faut aussi le préciser : ce livre n’est pas un livre qui dit qu’il faut tout laisser faire au chien. Ce n’est pas un livre qui oppose compréhension et éducation. Au contraire.

Comprendre son chien permet de mieux l’éduquer.

Si je comprends que mon chien lit mon corps, je peux devenir plus clair.Si je comprends qu’il a besoin de sentir en promenade, je peux mieux organiser les sorties. Si je comprends que le jeu peut faire monter l’excitation, je peux mieux l’encadrer. Si je comprends que certains gestes humains sont intrusifs, je peux éviter de mettre le chien en difficulté. Si je comprends que la répétition affaiblit mes demandes, je peux travailler des signaux plus propres.

Comprendre ne veut pas dire tout accepter. Comprendre veut dire : agir avec plus d’intelligence.

Et c’est exactement ce que j’essaie de transmettre dans mon travail d’éducateur canin.


Pourquoi je recommande ce livre aux propriétaires


Je recommande ce livre parce qu’il est accessible, concret et profondément utile. Il ne s’adresse pas seulement aux professionnels. Il peut vraiment aider n’importe quel propriétaire qui veut améliorer sa relation avec son chien. Pas besoin d’être passionné d’éthologie. Pas besoin de connaître tous les termes techniques. Pas besoin d’avoir un chien “à problème”.

Au contraire, c’est même un livre que l’on peut lire simplement pour mieux vivre avec son chien au quotidien. Il aide à prendre conscience de choses simples, mais importantes :

notre manière d’approcher un chien, notre manière de le regarder , notre tendance à trop parler , notre envie de toucher , notre posture quand on rappelle , notre impatience , nos contradictions , notre tendance à interpréter trop vite. Et souvent, c’est déjà énorme.

Parce que quand l’humain devient plus clair, le chien peut respirer un peu mieux.


Conclusion


The Other End of the Leash est un livre que je trouve précieux parce qu’il nous oblige à regarder la relation humain-chien dans les deux sens. Oui, le chien doit apprendre.Mais nous aussi. Nous devons apprendre à mieux utiliser notre corps, notre voix, nos gestes, notre énergie. Nous devons apprendre à voir ce que le chien perçoit réellement, et pas seulement ce que nous avions l’intention de faire.

C’est un livre qui rappelle que l’éducation canine ne consiste pas à fabriquer un chien robot, ni à chercher en permanence qui domine qui. C’est une histoire de communication.

Deux espèces différentes, avec deux manières différentes de percevoir le monde, qui essaient de vivre ensemble.

Et si l’on veut que cette relation fonctionne, il ne suffit pas de demander au chien de faire des efforts.

Il faut aussi accepter d’en faire nous-mêmes.

C’est peut-être ça, finalement, le message le plus important du livre : avant de vouloir que notre chien nous comprenne mieux, commençons par devenir plus compréhensibles pour lui.

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